'énigme enfin résolue ?

On appelle armoiries l'ensemble des signes, devises et ornements de l'écu ». Tôt dans le moyen‑âge, ce sont des seigneurs nobles laïcs (les chevaliers), qui les premiers ont utilisé sur leurs bouchers ces signes distinctifs permettant de se faire reconnaître et reconnaître les siens, notamment dans le feu des combats. L'usage s'est ensuite plus largement répandu : les villes, les corporations, et évidemment les abbayes ont pris les leurs, comme autant de signatures ou de symboles de propriété, bien utiles lorsqu'il s'agit de marquer, faire respecter ou montrer l'étendue de son territoire et de ses possessions...

Les armoiries de l'abbaye d'Aulps (à ne pas confondre avec le sceau de l'abbaye...) nous présentent à gauche une croix tréflée dite de Saint Maurice (dont le nom provient de Saint Maurice d'Agaune, abbaye valaisanne), et à droite une tour flanquée d'un pan de mur. On attribue traditionnellement la couleur verte* au fond de l'écu. Les deux éléments (tour et croix) sont pour leur part couleur « argent » *.

On s'est longtemps interrogé sur la signification et l'origine de ces symboles que l'on retrouve sculptés dans la pierre en deux endroits proches de l'église abbatiale :

.          Sur la clé de voûte de l'actuelle porterie, qui est un remontage du XIXèrne siècle.

.          Sur une maison qui jouxte la place de l'abbaye et qui était jadis le moulin du monastère.


n vrai scoop !.

Un examen d'une charte latine inédite, parafée par le comte de Savoie Amédée VIII et provenant des archives de l'abbaye d'Aulps, nous permet d'apporter une réponse sur l'origine de la croix tréflée. On apprend en effet dans ce texte, daté du 31 mars 1405, que le comte accorde à l'abbaye le droit de «  (..) mettre les pommeaux des armes du dit comte sur les maisons d'icelle abbaye, avec la peine de 100 marcs d'argent contre les nobles et 50 marcs contre les non nobles perturbateurs d'icelle abbaye (..) »

Et en effet, comme protecteurs de l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune (On disait alors « avoués ), les comtes de Savoie disposaient du droit d'usage des armoiries du monastère valaisan. La date (1405) n'est pas en contradiction et confirme même la datation de la porterie par les archéologues (XVème siècle).

 

« Quid » de la tour ? ...

En l'absence de textes explicites, l'interprétation de la tour est en revanche plus problématique. On connaît toutefois les armoiries des seigneurs de Langin, famille noble établie près de Bons‑en‑Chablais et grands bienfaiteurs de l'abbaye d'Aulps ‑ on les dit « D'azur‑ * à la tour d'or* avec un pan de mur de même à senestre * »... Ce qui ressemble étrangement à la tour de notre blason! Il semblerait curieux que par un hasard extraordinaire, l'abbaye d'Aulps possédât, sans aucune corrélation apparente, les mêmes armes que cette illustre famille !

On peut alors formuler deux hypothèses distinctes, tout en soulignant que la première semble de loin la plus crédible.

1) Cette famille a donné à l'Abbaye d'Aulps un abbé qui a laissé son blason au monastère.

Les annales de l'abbaye d'Aulps ont gardé la trace d'un certain Pierre III de Greysier, abbé d'Aulps de 1251 à 1268... Cela n'aurait certes aucun intérêt si l'on ne savait qu'une branche de la famille des Langin est justement seigneur de Greysier! Imaginons qu'il s'agisse bien du donateur de la tour à l'abbaye d'Aulps...

2) Cette famille a procédé tout comme le comte de Savoie en 1405, en confirmant à une date indéterminée les privilèges de l'abbaye et en l'autorisant à porter ses amies. Hypothèse il est vrai nettement moins séduisante...

Deux autres pistes semblent désormais beaucoup moins probantes à savoir: la tour symbole de la domination de l'abbaye sur ses sujets de la vallée ou toujours cette même tour, symbole de l'hospitalité cistercienne qui représenterait la porterie du monastère dont les fondations ont été dégagées cet été par l'équipe archéologique.

 

A noter:
l'héraldique : un langage à part

L'«héraldique » (science des blasons) possède des termes qui lui sont propres pour définir les différentes composantes de l'écu couleur et situation des objets sur le blason.

. vert se dit sinople; gris se dit argent; * bleu se dit azur; * jaune se dit or; * gauche se dit senestre, etc...