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a
même année probablement, Humbert de Savoie abandonna à Guy
toute la vallée, depuis les hautes montagnes qui la ferment
.,au midi jusqu'au confluent des Dranses (pont de Bioge).
L'abbé
de Molesmes fit toutefois consigner dans un acte qui date
de 1096 les droits de la maison mère sur le nouvel établissement.
Mais à mesure qu'ils devenaient plus nombreux et plus riches,
les religieux éprouvaient un besoin plus grand d'indépendance.
Le
premier abbé Guy étant mort, il fut remplacé par Guérin (vers
1110) qui groupa les moines, jusque là disséminés dans quelques
cabanes, en un seul dortoir et qui obtint du pape Calixte
Il en 1120 une complète autonomie de son abbaye. Puis en 1134,
Guérin unit celle-ci à l'ordre déjà florissant de Cîteaux.
Ces importantes réformes lui valurent, en 1135, la visite
de saint Bernard de Clairvaux.
Nommé
évêque de Sion en 1138, Guérin revint souvent en séjour dans
son ancienne abbaye et y mourut lors d'une de ses visites,
le 27 août 1150.
Son
successeur, Guillaume 1er, tint la crosse abbatiale de 1138
à 1170 environ et c'est lui qui, grâce aux libéralités d'Humbert
III de Savoie, commença la construction de l'église (dont
les ruines existent encore) et des bâtiments du monastère.
De
nouvelles donations considérables des comtes de Savoie, des
barons de Faucigny et d'autres seigneurs, vinrent augmenter
encore les propriétés de l'abbaye à la fin du XIIe siècle
et au début du XIIIe.
Outre
la vallée d'Aulps, elle possédait des terres dans le bas
Chablais
en Faucigny, en Genevois et même au delà.
Le
XlVe siècle fut pour l'abbaye une période agitée. Des conflits
de juridiction s'élevèrent avec ses anciens protecteurs, les
seigneurs d'Allinges et de Rovorée. Des luttes plus graves
encore et parfois sanglantes surgirent entre les chanoines,
d'Abondance et les moines d'Aulps. Elles avaient le plus souvent
pour cause des empiètements faits sur l'un ou l'autre des
territoires des monastères, empiètements dont la fréquence
s'explique par la. difficulté d'établir une délimitation exacte
des alpages situés sur la crête des montagnes qui séparent
les deux vallées.
Ces
luttes durèrent pendant presque tout le XIVe siècle et furent
souvent d'une violence inouïe. C'est ainsi qu'en 1300, des
hommes d'Abondance après avoir détruit les chalets que ceux
d'Aulps avaient construits dans les pâturages d'Ardens, pénétrèrent
dans la vallée jusqu'au hameau de la Moussière, assommèrent
le sacristain de l'abbaye qui venait pour les apaiser et firent.
une razzia de deux cents vaches qu'ils emmenèrent ou tuèrent.
Quarante ans plus tard, nouvelle collision, accompagnée encore
de brutalités et de plusieurs meurtres.
Afin
d'arrêter ces désordres une fois pour toutes, les abbés d'Aulps
et d'Abondance finirent par s'entendre dans un accord qui
fut signé le 17 juillet 1383, par lequel il fut décidé de
placer des limites très apparentes, le long de la crête séparant
les deux vallées.
Pendant
ce XIVe siècle, si troublé pour l'abbaye d'Aulps, quels furent
les rapports des moines avec les habitants du pays, leurs
vassaux ? Il faut en convenir, ils ne furent pas toujours
à l'éloge des premiers. Sans jouir d'une liberté aussi étendue
que ceux d'Abondance, les habitants de la vallée d'Aulps possédaient
certaines franchises reconnues en 1213 par les moines. Mais
la belle ferveur des XIIe et XIIIe siècles s'était bien refroidie.
Pressurée
d'impôts, accablée de corvées, la population se regimba contre
l'autorité du chapitre, et en 1311, une véritable révolte
à main armée eut lieu autour du couvent. L'abbé surpris, ne
pouvant riposter, promit tout ce qu'on lui demandait, mais
une fois les habitants dispersés et rentrés dans leurs foyers,
il les fit arrêter. Plusieurs furent incarcérés assez longtemps,
quant aux principaux meneurs, on les pendit aux fourches patibulaires
que l'abbaye avait installées à la croix du Test (ou de Thex).
A
cette époque, la. décadence matérielle qui commençait à se
faire sentir dans beaucoup d'établissements cisterciens, provoquée
par le luxe exagéré des abbés, n'épargna pas les religieux
d'Aulps qui se trouvèrent bientôt dans une situation précaire.
Cîteaux envoya des délégués qui, constatant la pénurie de
ressources, décidèrent le 22 juillet 1336, de réduire le nombre
des religieux qui fut abaissé à trente y compris l'abbé, plus
cinq frères convers.
Pendant
la première moitié du siècle suivant, l'abbaye jouit de plus
de tranquillité. Mais en 1468, le déplorable système de la
commende remplaça celui des
abbés conventuels,
dont le dernier fut Jean de l'Hoste (1434-1467). Avec Jean
Louis de Savoie, évêque de Genève (1468-1473),le
premier commendataire,
et ceux qui vinrent immédiatement après, la vie des religieux
fut encore supportable, mais avec leurs successeurs, notamment
un certain Angelin Dovizi ou de Richard (1519-1526), les pauvres
moines se virent plus d'une fois privés de nourriture. Les
choses allèrent ainsi jusqu'en 1530, époque où le cardinal
de Trivulce obtint la commende.
L'autorité
et la puissance des abbés étaient grandes, puisqu'ils exerçaient
en somme tous les droits de seigneurs féodaux, notamment la
justice. On sait que chaque abbé avait son sceau
qu'il apposait sur les actes pour leur donner toute l'authenticité
voulue.
Beaucoup
plus tard, au XVIIie siècle, le sceau de l'abbaye
sera tout simplement une croix tréflée (la croix, de
Saint Maurice), accompagnée des attributs de la dignité abbatiale:
la crosse et la mitre.
L'occupation
du Chablais par les troupes bernoises et valaisannes, en 1536,
ne porta pas à l'abbaye d'Aulps le même coup qu'aux autres
monastères. En effet, les Valaisans, très catholiques, maîtres
de cette vallée y maintinrent scrupuleusement le couvent.
Mais,
s'ils avaient échappé aux terribles Bernois, les moines ne
purent éviter la déchéance morale. C'est ce que prouve une
visite que François de Sales leur fit en août 1606, dans le
but de les ramener à une meilleure observance de la règle
bénédictine. Malheureusement il n'y réussit pas.
Le
passage des Vaudois, en septembre 1689, ne fut pas inaperçu
dans la vallée d'Aulps. Ces gens, après avoir ravagé quelques
églises du plateau de Saint Paul, essayèrent de mettre le
feu à l'abbaye, mais ils furent repoussés et se contentèrent
de tuer un moine qui s'était réfugié sous un pont.
A
la suite d'une série de malheurs, au nombre desquels il faut
citer l'incendie du 24 août 1702 allumé par la foudre et les
mauvais traitements qu'infligea le prieur Louis Gros à ses
religieux qui ne furent plus, à un moment, que trois ou quatre,
la communauté se releva un peu en 1715.
Entre
1710
et 1726, on effectua d'importantes réparations
aux bâtiments de l'abbaye et en 1742 à la maison du commendataire
nouvellement construite (1). En 1736-1737, on dressa un inventaire
détaillé des titres et terriers du couvent.
Après
sept siècles d'existence, le monastère, dont le dernier abbé
fut Joseph - Emmanuel de Blonay (1750-1764), fut supprimé
définitivement en 1792, par les armées de la Révolution.
C'est
probablement à cette époque
qu'on commença à démolir les bâtiments de l'abbaye, sauf l'église.
Celle-ci était encore debout en février 1823, et c'est en
mars dé cette année là et en 1824, que les habitants du village
commirent l'impardonnable faute de la faire sauter à la mine
pour en utiliser les matériaux.
Classées
par le Service des Monuments Historiques le 6 octobre 1902,
ses ruines ont été l'objet, de 1930 à1938, de fouilles intelligentes
et consciencieuses, entreprises par M. le chanoine Alexis
Coutin, curé de la paroisse.
Le
28 août 1938, à l'occasion du huitième centenaire de saint
Guérin, un imposant pèlerinage eut lieu à Saint Jean d'Aulps,
réunissant près de 12.000 personnes, dont un nombreux clergé
présidé par quatre évêques.
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